Fini le béton en Afrique

Dans sa recherche de modernité, la construction africaine s’est malheureusement détachée de sa tradition bioclimatique séculaire, un ensemble de savoirs qui a permis à ses habitants d’affronter des climats parfois extrêmes. Aujourd’hui, sur le continent, les bâtiments sont souvent mal adaptés aux fortes chaleurs, inconfortables thermiquement et énergivores.

Mais la bonne nouvelle est qu’il est encore temps de faire mieux : selon ONU-Habitat, 80 % des immeubles qui seront habités en 2050 ne sont pas encore construits. Et depuis quelques années, architectes, entrepreneurs, ingénieurs et organisations internationales se penchent avec passion sur le sujet, y compris la recherche dans le domaine des matériaux de construction innovants.

Architectes, ONG, chercheurs

Quel est le point commun entre Hassan Faty, Francis Kéré, Kunlé Adéyemi et David Adjaye? Ce sont des architectes, des célébrités, et ils travaillent tous pour un bâtiment africain fier qui se sent bien dans sa peau. Mais ils ne sont que la pointe de l’iceberg.

En effet, nombreux sont ceux qui démontrent la possibilité de construire des bâtiments mieux adaptés au climat africain, thermiquement confortables et utilisant des matériaux locaux, économiquement abordables et respectueux de l’environnement ; et, pourquoi pas, esthétique et moderne.

Si les architectes ont une visibilité évidente qui permet une couverture médiatique, des organisations internationales et des ONG de communiquer pour défendre leurs causes, ingénieurs et chercheurs contribuent aussi, dans leurs laboratoires, à l’investigation des matériaux de demain.

A la recherche de nouveaux matériaux

Grâce à ses recherches, on sait que la terre crue régule l’humidité et que le béton (présent dans la grande majorité des constructions urbaines), le verre et la tôle – largement utilisés en Afrique pour l’enveloppe et la toiture des bâtiments – sont des accumulateurs de chaleur.

Cette dernière caractéristique est à l’origine de l’inconfort thermique que l’on peut ressentir aussi bien dans les majestueuses tours de verre que dans les maisons modestes. Et on comprend pourquoi la climatisation est autant utilisée dans un pays comme le Sénégal, où 84% des gaz réfrigérants (HCFC et CFC) consommés sont consommés par les équipements de climatisation. Avec de graves conséquences pour l’environnement.

Il convient également de noter que la prédominance du matériau béton dans la construction est responsable de l’extraction intensive du sable marin et donc d’une importante érosion côtière qui détruit les plages.

Après ces constats, l’enjeu est donc de trouver une véritable alternative pour varier l’offre de matériaux sur le marché africain de la construction et mettre fin à la toute-puissance du béton. Il s’agit de chercher, de formuler, de répéter, de se tromper, de recommencer… sans oublier d’observer et de prendre en compte le bon sens des pratiques populaires. En effet, si le béton de ciment a été inventé par des ingénieurs, l’idée d’y adjoindre de l’acier pour créer le fameux béton armé si résistant est venue à… un jardinier.

Typha et après?

La recherche sur les matériaux locaux au sein des universités et écoles d’ingénieurs africaines est très active, comme en témoignent de nombreux travaux.

Depuis quelques années, en Afrique subsaharienne, un matériau fait l’objet de tous les regards : la quenouille, cette canne qui envahit les lacs et est généralement à l’origine de problèmes écologiques majeurs. Cependant, il s’avère que sa structure alvéolaire lui confère d’excellentes propriétés d’isolation et de perméabilité à l’air. Par conséquent, il peut contribuer à améliorer considérablement le confort thermique des bâtiments.

Des études de formulation sont en cours. Financés par le Fonds Français pour l’Environnement Mondial, ils doivent permettre l’utilisation du typha comme isolant et comme adjuvant au ciment et à la terre pour la construction d’enveloppes de bâtiments. Le typha apparaît aujourd’hui comme l’innovation la plus marquante et la plus avancée ; mais personne ne sait s’il tiendra ses promesses.

Actuellement, il n’existe toujours pas de matériel révolutionnaire qui permette aux habitants de Bamako – qui a 40 degrés sous le soleil d’avril – de profiter de leur maison bioclimatique sans climatisation sans suffoquer. Est-ce un manque de communication ou de disponibilité d’informations? Existe-t-il, en dehors des quenouilles, des pistes sérieuses (phase de prototypage ou au-delà) de matériaux innovants pour la construction de bâtiments en milieu urbain et rural en Afrique?

Si oui, il serait opportun de donner plus de visibilité à ces informations pour stimuler des recherches connexes ou complémentaires et, pourquoi pas, susciter des vocations. C’est maintenant qu’il faut agir : d’ici 2050, un quart de la population mondiale, soit 2,5 milliards de personnes, vivra sur le continent africain.

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