Renouvellement énergétique en France, des freins à tous les niveaux

Dans ce domaine, les politiques fixent à la fois des objectifs énergétiques, avec une réduction de 20 % de la consommation d’énergie finale en 2030 par rapport à 2012, et des objectifs climatiques, avec une décarbonation quasi-totale à l’horizon 2050, notamment par la mise à jour de l’ensemble du parc en basse consommation. niveau bâtiment (BBC).

Ces politiques posent donc des enjeux de long terme pour une transition énergétique ambitieuse, qui se veut également inclusive. En effet, l’État entend réduire le nombre important de foyers qui souffrent du froid en hiver (et, de plus en plus, de la chaleur en été) et qui consacrent une grande partie de leurs dépenses à l’énergie (chauffage notamment) : il y en a aujourd’hui au moins 4,8 millions « d’écrans thermiques » consommant plus de 330 kWh/m2 (c’est-à-dire classés F ou G dans le « diagnostic de performance énergétique »).

Il est entendu que la réhabilitation énergétique du parc immobilier français doit accompagner à la fois la lutte contre le réchauffement climatique et la lutte contre la précarité.

Les feuilles de route existent, par exemple, la Commission européenne vient de présenter sa « Renovation Wave » dans laquelle elle demande de doubler le taux de renouvellement d’ici 2030, mais les résultats tardent à venir. Les obstacles à la réhabilitation énergétique sont nombreux et de plus en plus de voix s’élèvent pour exprimer un point de vue critique sur la politique mise en œuvre et les résultats obtenus.

Nous proposons de revenir sur les principales difficultés rencontrées, en essayant d’identifier les orientations stratégiques qui permettraient de les résoudre.

Économie d’énergie théorique et réelle

La réhabilitation énergétique est confrontée à plusieurs types de « défaillances de marché », comme on les appelle en économie ; il en résulte un écart d’efficacité énergétique, c’est-à-dire l’écart entre les économies d’énergie que l’on pourrait attendre en théorie et celles réalisées en pratique.

Une première défaillance du marché réside dans la faible « rentabilité » apparente des travaux. A l’exception des passoires énergétiques, c’est-à-dire des bâtiments classés F ou G, le délai d’amortissement des travaux de rénovation énergétique est très long. En fait, il se situe autour de 20 à 30 ans, alors que l’horizon de décision pour la plupart des ménages est de 5 à 10 ans.

Cependant, la rentabilité économique dépend de la qualité énergétique initiale du logement : alors qu’un investissement de 30 000 € en isolation pour un logement de classe énergétique B permettrait d’économiser 1.000 €/an, soit un investissement en temps de récupération (IRR ) de 30 ans, le même investissement dans des logements de classe F ou G permettrait 3 000 € d’économies annuelles, soit un TRI beaucoup plus court de 10 ans.

Lire aussi : Réhabilitation énergétique des logements : les conditions de la rentabilité

Bien sûr, de nombreuses aides existent et peuvent être facilitatrices, mais elles ne sont pas toujours facilement accessibles. Sans oublier le cas particulier des travaux de rénovation dans les immeubles en copropriété, où la complexité du processus de décision et de mise en œuvre est multipliée par dix. De ce point de vue, les opérations menées par les propriétaires sociaux constituent une heureuse exception.

Deuxièmement, de plus en plus d’études évaluant les résultats des programmes de rénovation attestent d’une légère réduction effective de la consommation d’énergie après la construction. En Allemagne, après la mise en place pendant dix ans du programme phare du Fonds de reconstruction (KfW), ce pays fait aujourd’hui un constat amer : des millions d’euros ont été investis, et pourtant la consommation énergétique des bâtiments ne diminue pas.

Comment expliquer un tel écart? En grande partie à cause de ce que les économistes appellent « l’effet rebond ». Pour de nombreux ménages vivant dans des maisons mal isolées bénéficiant d’opérations de rénovation, l’amélioration du confort prime sur les soucis de réduction de la consommation d’énergie. Ainsi, les économies escomptées sont souvent compensées par une augmentation de la consigne de chauffage du logement (de 19°C à 21°C, par exemple), mais avec une consommation et une facture énergétique inchangées grâce au travaillé.

Cet écart s’explique également par la surestimation de la valorisation énergétique de l’exploitation. Dans un rapport détaillé, les économistes de Mines ParisTech expliquent par exemple que les fiches techniques qui définissent les montants d’économies d’énergie des certificats d’économies d’énergie surestiment largement l’impact énergétique et identifient un impact très modeste de l’investissement moyen.

Enfin, côté offre, le secteur de la réhabilitation énergétique n’existe pas à proprement parler et n’est pas à la hauteur des enjeux actuels. Il est vrai que le « label RGE » devrait certifier que les artisans sont qualifiés pour les travaux de rénovation énergétique, mais ils tardent à se mobiliser dans cette branche et, comme l’explique la députée Marjolaine Meynier Millefer, rapporteur d’une mission d’information sur le sujet,  » le nombre de professionnels installés doit être multiplié par deux, puis par trois ».

A moins que les industriels du bâtiment ne prennent en charge la rénovation massive, et certains y réfléchissent désormais très sérieusement. A l’extérieur, le programme EnergieSprong constitue une expérimentation à suivre dans la réhabilitation de bâtiments en mode industrialisé.

L’isolement ne résoudra pas tout

Mais tous les bâtiments ne pourront pas entrer dans un processus de rénovation aussi industrialisé. Notre patrimoine bâti est véritablement riche de sa diversité, de son histoire, de ses zones géographiques et climatiques. Dans certains cas, l’isolation par l’extérieur sera impossible en raison des caractéristiques de la façade, bien que la solution d’isolation par l’intérieur puisse réduire considérablement la surface habitable.

L’isolation des murs reste possible dans la plupart des cas, mais dans la plupart des cas elle nécessitera des opérations « sur-mesure » faisant appel à différents corps de métier et ouvriers qualifiés. Cependant, certaines aides -comme les opérations de « boost » des certificats d’économies d’énergie popularisées avec le slogan « l’isolation à 1 euro »- ont eu l’effet pervers de standardiser les techniques d’isolation des murs avec des matériaux inadaptés (comme par exemple le polystyrène), sans conduire à une massification du travail favorable à la baisse des coûts ; sans oublier les nombreux cas de fraude constatés.

L’établissement d’un passeport construction indiquant les étapes à suivre pour atteindre les objectifs attendus devrait faciliter la mise en œuvre.

Dans tous les cas, l’isolation des murs ne résoudra pas tous les problèmes! Une réflexion de fond doit être engagée avec tous les acteurs pour identifier les solutions de chauffage décarbonées adaptées. Elle doit aboutir à de bonnes typologies pour identifier les bons critères de sélection et les bonnes conditions pour : le chauffage urbain, les mini-réseaux de chaleur, les pompes à chaleur 100 % électriques, les pompes à chaleur hybrides (électrique + gaz), le chauffage solaire, etc. compte des conditions et des coûts du réseau, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur du bâtiment.

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